Reportage du 01.04.2017

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Situé dans le département de Matam dans la commune des Agnam, sur la Rn2, à moins de 20 km de la frontière entre le Sénégal et la Mauritanie, le village de Agnam Lidoubé grandit et prend son envol grâce à ses fils et ses fidèles partenaires « les Amis de Agnam ».
Dans ce village de la région de Matam, tout se modernise grâce notamment à la solidarité des émigrés et leur entente avec leurs parents restés au village. Les bâtiments en bancos enduits de ciment avec toiture en zinc ont succédé aux cases et les bâtiments en terrasse se développent bien.

Le village est protégé contre le ruissellement des eaux de pluies par une digue construite en 2000. La santé, l’hygiène et l’assainissement, l’éducation, l’entrepreneuriat, l’économie, bref, tous les secteurs se portent bien dans ce village dont les balbutiements remontent un peu avant la naissance de Cheikh Oumar Foutiyou Tall. « Ne demande pas ce que ton pays peut faire pour toi, mais plutôt ce que tu peux faire pour ton pays », voila l’assertion de John Fitzgerald Kennedy que semble faire sienne le village d’Agnam Lidoubé, qui prend son envol sans rien attendre de l’Etat, même si les besoins se font sentir.

Lidoubé, nom du village doit son existence au nom de famille « Ly » très présent dans ce village et dans plusieurs localités du Fouta.
En effet, cette famille serait la première à déposer ses baluchons dans ce village en provenance de Mboyo dans le Toro pour s’installer d’abord dans la partie de la vallée du fleuve, dans le walo, la zone aux sols argileux et des terres fertiles, dans un endroit jadis appelé « Touldé Ndamaré » avant de regagner le diéri par le fait du nomadisme ancestral. D’ailleurs le village s’appelait autrefois Mboyo Lidoubé. Installé au cœur des Agnams, ce nom a finit par remplacer Mboyo qui est devenu Agnam Lidoubé.

« Le pessimisme est d’humeur tandis que l’optimisme est de volonté. » Ce petit village fondé vers les années 1600 est aujourd’hui entrain de grandir et connait une croissance exponentielle grâce à l’organisation sociale et l’engagement de ses fils (ressortissants et résidents). Une vie de concorde qui a permis au village d’être une localité modèle qui s’illustre dans tous les domaines de la vie courante.

Inspiré du modèle ALDA (Association de Liaison pour le Développement d’Agnam) créée dans les années 80 pour une liaison entre les ressortissants des Agnams en France en vue de contribuer aux activités de développement des villages de la zone Agnam dont l’un des initiateurs n’est personne d’autre qu’un habitant de Lidoubé, Monsieur Samba Touré, émigré en France.

Ce dernier avec un esprit très associatif a organisé ses parents autour de l’ADSCAL (Association pour le Développement Socioculturel d’Agnam Lidoubé) car ils avaient compris qu’il était mieux de faire aujourd’hui ce que les autres vont vouloir faire demainSelon Samba Touré, cette association avec l’aide de ses partenaires est devenue le bras séculier du village. Elle intervient en effet dans tous les domaines de développement du village.

La Santé des Populations, une priorité
Dans le domaine de la santé, depuis l’année dernière, l’association en partenariat avec le service d’ophtalmologie de l’hôpital de Ourossogui a initié des journées de consultations, d’opération et de suivies de la cataracte, très présente chez les populations surtout celles vieillissantes, si l’on en croit au Docteur Abdoul Aziz Diallo du centre hospitalier régional de Ourossogui. La 2ème édition des journées sur l’opération gratuite de la cataractes’est déroulée les 24, 25 et 26 Mars dernier et a permis d’assister environ 70 personnes.

Témoignage de la dame Dieynaba Ly
Cette vieille dame, âgée d’une soixantaine d’année a déjà subit une opération des deux yeux. Ainsi, elle remercie cette initiative des populations d’Agnam Lidoubé. Son opération a réussi et l’a permis de retrouver la vision.
Ce village dans lequel on ne sent pas la présence de l’Etat, tente quand même autant que faire ce peu à relever son plateau médical au profit de ses habitants et des populations des localités environnantes.

Samba Yaya Ly, Chef de village de Agnam Lidoubé
Selon le Chef de village, Samba Yaya Ly, Lidoubé dispose d’une case de santé depuis Mars 2012, devenue à partir de 2014 un poste de santé, d’une ambulance médicalisée, don de la fondation SONATEL, d’une maternité qui a été inaugurée en Novembre 2014.

En effet, renseigne-t-il, la maternité est l’œuvre des populations du village qui ont par la suite engagé un infirmier payé par le village jusqu’en décembre 2016 avec l’affectation d’un infirmier d’Etat. Aujourd’hui ce qui manque à la maternité c’est une sage femme, a dit le chef de village Samba Yaya Ly avant de solliciter l’affectation d’un agent dans leur poste de santé. Quoi que l’on puisse dire, la santé de la population s’améliore à Lidoubé.

Hygiène et assainissement
Au-delà de la santé, l’hygiène est une règle à Lidoubé. Dans ce village, l’on ne jette pas n’importe où les ordures, les déchets, les sachets plastiques ou autres objets pouvant entraîner à la détérioration de l’environnement. Lidoubé est de ce fait l’un des villages les plus propres qu’on aurait vus à Matam

Pour la propreté du village, un service de la gestion des déchets est mis en place, un terrain de décharge a été aménagé, chaque famille dispose des poubelles et des éboueurs sont embauchés. Aussi, de loin, l’on constate que toutes les concessions disposent de blocs sanitaires.
A Lidoubé, les femmes ne chaument pas, plusieurs d’entre elles possèdent leur périmètre dans le vaste jardin du village créé depuis 2001.

Activités maraîchères et commerciales
Un jardin maraîcher d’1 ha et demi, clôturé, équipé et aménagé depuis 2001, est alimenté par un puits et un forage. Dans cet espace plusieurs femmes du village possèdent leur plan. On y cultive toutes les variétés de légumes, a indiqué Madame Houlèye Demba Ba, présidente de l’association des femmes du village.

Dans ce jardin financé à hauteur de 13 millions, on y cultive de l’oignon, de la salade, des choux entre autres variétés. Selon Houlèye Ba, elles sont confrontées à des difficultés d’écoulement de leurs marchandises. Ainsi, se rabattent-elles sur les marchés hebdomadaires pour vendre leurs cultures ou mettre une partie des récoltes sous la marmite histoire de faire quelques épargnes sur la dépense quotidienne

Une Usine de vente d’eau
Pour l’auto-emploi, dans le domaine de l’entrepreneuriat, il n’y a pas que les femmes, des hommes également restés au village y travaillent et gagnent à la sueur de leur front.
Grâce à leurs partenaires, des fils du village ont ouvert une usine de vente du liquide précieux. Selon Mamadou Ba, gestionnaire, l’usine créée depuis 2010 faisait bien son bonhomme de chemin, mais à partir de 2014, la concurrence s’installe. Le marcher de vente d’eau devient ainsi plus difficile, leur entreprise « Diam Ari », qui pourtant s’acquitte des impôts fait face à des concurrents qui seraient « illégaux » si l’on en croit à Mamadou Ba.

A quelques encablures de l’usine, se trouve l’école du village créée en 2001.

L’Education à Lidoubé : le culte de l’excellence
Ce qui frappe à première vue dans cette école, c’est le décor.
En effet, l’école de Lidoubé est un cadre propice à l’apprentissage. Les murs, de l’intérieur comme de l’extérieur, sont empreints de figures emblématiques à l’image de Cheikh Oumar Foutiyou Tall, le Président Poète, Père de la Nation sénégalaise, Léopold Sédar Senghor, Nelson Mandela, Thomas Sankara, Martin Luther King, Aline Sitoe Diatta entre autres pour servir de modèle aux enfants.

Ici, la somme de tous les efforts combinés fait de l’école du village un lieu d’excellence. Omar Faye, directeur de l’institution depuis 2005 vante les mérites du personnel enseignant qui a su gagner la confiance des parents pour bénéficier d’un logement et gagner leur affection. A Lidoubé, comme dans plusieurs localités, même en période des vacances, les élèves de Cm2 viennent à l’école suivre leurs cours.

Selon Monsieur Faye, plusieurs projets pédagogiques sont portés par l’école pour faciliter la réussite des élèves ce qui fait que Lidoubé connait de plus en plus un taux de réussite exponentiel, faisant de l’école l’une des meilleurs à Matam.

Par exemple parmi leurs projets pédagogiques, pour gagner plus de temps et atteindre le quantum horaire, l’école du village a bénéficié de ses propres fils avec l’appui de leurs partenaires un réfectoire qui permet aux enfants de se restaurer aux heures de pose. A 11 heures, pendant la récréation, grâce à la cantine scolaire, un repas petit déjeuner et déjeuner combinés, est servi aux élèves, ce qui permet aux enseignants de poursuivre leurs cours même au-delà des heures de descente, a fait savoir le directeur Faye.

Ainsi, Lidoubé doit son excellence aux efforts des populations, du personnel en service dans le village, mais surtout de la bonne organisation dans le cadre de l’ADSCAL (Association pour le Développement Socioculturel d’Agnam Lidoubé). Lidoubé est indubitablement un modèle de village à s’inspirer. Car comme le disait l’ancien président américain Théodore Roosevelt « faites ce que vous pouvez, avec ce que vous avez, là où vous êtes », le village d’Agnam Lidoubé est une véritable incarnation de cette philosophie de Roosevelt.

 

 

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